baillements

des relents de cendards et de latrines

Samedi 14 novembre 2009 à 1:30

on était vers maubert mutualité, dans un faux cul-de-sac avec escalier. le pack de dix bières est à sept euros cinquante quand on monte les marches. la bouteille de rosé est à environ deux euros cinquante. la canette de cinquante centilitres, elle, est gratuite. en bas des marches, il y a nous, plus ou moins sobres, qui becquetons des bananes à cinq heures du matin sous une pancarte bleue où est inscrit, « interdiction de déposer vos ordures ici ». les pavés s'incrustent dans nos conversations alors on leur écrase nos mégots sur la gueule en jurant sur celle des autres. paris ne s'éteint jamais, elle doit donc assumer la génération prozac sur ses trottoirs. à peu près tout s'est cassé la gueule ce soir là, sauf mon moral.

Jeudi 22 octobre 2009 à 22:33

je me souviens d'une fille. sophie. assez grande, d'une maigreur affolante, les cheveux gras, fourchus, châtains, plantés sur son énorme tête toute blanche. la plupart du temps, ses yeux étaient marrons genre moches, mais quelque fois, malgré mes neuf ans, je percevais au fond de son iris une lueur rouge qui ne pouvait que suggérer que lucifer avait fait de cette fille sa résidence secondaire. à neuf ans, quand l'école finissait, moi, j'allais au centre jusqu'à dix huit heures trente. j'avais une trousse bleue et jaune dans laquelle s'entassait le strict minimum. baton de colle taille maxi, taille crayon, crayons, gomme, stylos, stylo plume, effaceurs. et donc il y avait sophie. on faisait des trucs de mômes au centre, style coloriages, baccalauréat ou boggle même si on était nulles. un soir, elle m'a dit, eh, mais c'est mon stylo ça. moi, j'ai dit, bein euh, non. elle m'a jurée que si et m'a expliquée que le bout mordillé de mon stylo bic était signe qu'il était à elle. elle venait de passer une demi heure à le machouiller mais je lui ai donné raison, et lui ai filé le stylo. le lendemain soir, elle a fait la même chose avec mon joli stylo plume imprimé zèbre. je lui ai filé. puis elle a fait pareil avec mon taille crayon en pretextant que la petite rayure sur le plastique, elle l'avait faite en le faisant tomber par inadvertance la veille, sous mes yeux. je lui ai filé. je pense que si elle m'avait fait le coup avec ma mère, je lui aurais filé aussi. après plusieurs semaines, j'ai réalisé qu'un jour, elle me piquerait sûrement mon cartable. et ça, c'était inconcevable pour moi. c'est là que j'ai décidé de me mettre à lui voler ses affaires, ou à les piéger. j'étais bien décidée à la faire payer. je voulais détruire sophie. la détruire avant de la balancer aux flics, ou pire, à ma maman. très vite, j'ai repris le dessus, j'inventais les pires stratagèmes pour récupérer ce qu'elle m'avait chapardée, et pour récupérer ce qu'elle avait sûrement chapardé à d'autres, quitte à me retrouver avec deux stylos plumes. alors je me foutais de l'encre partout et la suppliais d'aller me chercher des mouchoirs aux toilettes. pendant ce temps, je gribouillais ses cahiers et lui en volais quelques un. vraiment, je voulais la détruire. avant de me coucher, je priais même pour qu'elle meure. un soir, elle n'est pas venue s'asseoir à côté de moi. j'avais gagné.
j'avais vaincu satan.

Mardi 7 juillet 2009 à 4:09

une nouvelle fois, je suis tombée, mais cette fois ci, j'ai rien vu venir, et j'avais beau avoir la tête contre le sol, je savais que le chauffard de bus me matait de traviole. dans la tête, j'avais une chanson d'une violence hallucinante. le fait de se voir en plongée, allongée sur un sol fangeux à baver d'la bile, ça peut te foutre les pires chansons des pires groupes du pire métal que t'as pu écouter pendant les pires années de ton adolescence, et t'as limite envie qu'un type au masque ensanglanté entre dans le bus et t'achève à coups de guitare en insultant dieu.
jp m'a ramassée et m'a foutue sur son dos après m'avoir glissé à l'oreille la phrase la plus rassurante qu'un type puisse prononcer. j'étais vraiment à deux verres de le remercier. le remercier de se foutre de moi quand ça va pas pour un rien, et de ramasser les morceaux quand je touche vraiment le fond. ou le sol du bus. et surtout, le remercier d'être un des seuls à pas m'trouver complètement méprisable quand je suis grise à en tomber. après ça, j'étais presque contente d'être tombée. rien que pour cette phrase.
finalement, au lieu de dire merci, j'ai gueulé, vas y lâche moi, je sais marcher.

Mardi 2 juin 2009 à 12:56

qui monte et qui démonte des scènes. et des gonzesses.

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